Croquelismots

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La porte jaune

 

 

Des bougainvilliers partaient de la gauche de la porte. Quatre troncs minces serpentaient tout le long du mur et faisaient exploser leurs couleurs rouge et rose comme une robe Christian Lacroix. Les fleurs passaient au-dessus du mur et s’échappaient je ne sais où : elles étaient de l’autre côté.

 

Moi, je me tenais plus bas, face à la porte. Une porte en bois massive, peinte en jaune. C’était la seule du village de cette couleur : elle m’intriguait. De chaque côté, une colonne blanche en trompe l’œil. Au-dessus, un arc de cercle découpé en quartiers réguliers : dix noirs et neuf blancs. Cet arc était entouré d’azulejos beiges ; l’ensemble fermé par une bande noire rectangulaire comme le cadre d’un tableau.

Une lanterne était placée au-dessus de la porte de manière symétrique et centrale. Elle était placée dans le prolongement de la ligne verticale de la porte. Des clous noirs, doux au toucher, avaient été placés pour former quatre lignes précises : une verticale au centre marquant l’ouverture et trois horizontales délimitant la largeur. Ces trois lignes se situaient au niveau de mes pieds, de mes hanches et de ma tête. De part et d’autre de l’ouverture, la ligne comptait huit clous, grands et petits en alternance. Ce même choix d’alternance avait été fait pour dessiner le contour « arabisant » de cette porte.

 

Face à mon regard : deux anneaux. Chacun était entouré de clous placés aux quatre points cardinaux. A ma droite, à portée de main, un troisième anneau en forme d’ogive pour frapper et signaler ma présence.

Au bout de quelques minutes, sans réponse, je franchis le seuil. J’entrais alors dans une petite cour ombragée. Au centre, une fontaine dont la vapeur d’eau adoucissait l’atmosphère. A sa gauche, une cage à oiseaux immense, blanche et bleue, typique de Siddi Bou Saïd en Tunisie. Deux bancs en pierre étaient posés près d’elle. Face à moi un bâtiment d’un blanc éclatant. Un balcon dessinait une ligne parfaite dans le sens de la largeur. Je retrouvais là, les fleurs mutines des bougainvilliers qui prenaient leur source près de la porte d’entrée.

 

A la droite de la cour, un escalier abrupt, trente marches et un trou noir : une ouverture sombre dont s’échappaient des rires. Plus je montais, plus j’accédais à une vue dégagée sur les toits en terrasses voisins : du bleu, du blanc à perte de vue. J’entrais enfin dans la pièce. La pénombre : mes yeux peinaient à distinguer les formes. Je me laissais emportée par l’odeur délicieuse et gourmande de la menthe et du sucre. Et succombais au bruit langoureux du thé qui est versé lentement dans les verres. Je goûtais à ce moment de bien être où la vue se laisse guider par les autres sens en ébullition. Un court instant d’excitation mêlé d’angoisse. Bien vite, je découvrais face à moi quatre tables rondes minuscules disposées sur des tapis dont les motifs symétriques rappelaient ceux de la porte.

Deux d’entre elles étaient occupées par des hommes. Au fond, deux lucarnes laissaient passer un filet de lumière qui éclairait des plats remplis de pâtisseries. Une femme s’avança vers moi avec un large sourire et m’invita à m’asseoir.

Elle s’appelait Halima. Après avoir dévoré mes cornes de gazelle, je sus bien vite qu’elle avait choisi le jaune pour attirer les curieux. Le choix d’une couleur chaleureuse tranchant avec le bleu dominant des alentours. Elle laissait ainsi la porte ouverte à de nouvelles rencontres. Je fus la quatrième.

 

 

Elisabeth FREUND-CAZAUBON                                       

 



05/04/2011
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